Un grand personnage de l’île d’Orléans, l’abbé Raymond Létourneau, n’est plus. Fils de cultivateur, né à Saint-Jean en 1935, près de la route du Mitan, Raymond Létourneau avait l’île tatouée sur le cœur. Il est décédé le 5 février dernier à l’âge de 85 ans.
Ordonné prêtre en 1963, l’abbé Létourneau a investi sa passion et son énergie, presque toute sa vie, à mettre l’île d’Orléans en valeur. Pas étonnant qu’il ait reçu des mains de la première ministre du Québec, Pauline Marois, en 2014, une médaille de l’Assemblée nationale du Québec pour son engagement dans sa communauté. Auteur de plusieurs livres d’histoire sur l’île d’Orléans, il s’est aussi investi dans de nombreux événements, notamment des célébrations soulignant les fêtes des familles souches.
Le centre de sa vie : la conservation du Manoir Mauvide-Genest
Mais la principale contribution de l’abbé Létourneau a été de veiller, à partir de 1991, à la préservation du Manoir Mauvide-Genest et de son site.
Deux personnes qui l’ont bien connu en parlent. Chantal Javaux, présidente de la Fondation Minigo et Jean-Pierre Garceau-Bussières, président de la Société de développement de la seigneurie du Manoir Mauvide-Genest, se souviennent de l’homme généreux qui n’hésitait pas à sacrifier son confort pour donner ses économies afin de sauver le site patrimonial. Ils vantent sa remarquable contribution, car c’est grâce à lui, disent-ils, si le manoir existe encore.
Ils n’ont que des éloges pour l’homme, le mécène qui l’a tenu à bout de bras, en versant des sommes importantes pendant de longues années sans, la majorité du temps, peu ou pas d’aide gouvernementale. Tant Mme Javaux que M. Garceau-Bussières lui sont très reconnaissants d’en avoir pris soin et de l’avoir protégé, même si rien n’est acquis quant à son avenir qui nécessite encore, de la part de ses ardents défenseurs, un travail constant.
« Il n’hésitait pas à se salir les mains pour entretenir le manoir. Je l’ai vu construire un muret près du ruisseau, s’occuper du bâtiment et du jardin aussi. » – Chantal Javaux
Un travailleur infatigable
Mme Javaux raconte le travail ardu de l’abbé Létourneau sur le site historique : « Il n’hésitait pas à se salir les mains pour entretenir le manoir. Je l’ai vu construire un muret près du ruisseau, s’occuper du bâtiment et du jardin aussi. » Le président du manoir est du même avis. Il ajoute : « J’étais impressionné de le voir s’investir si longtemps dans toutes sortes de travaux manuels qui nécessitaient non seulement beaucoup de volonté et de détermination, mais aussi de gros efforts physiques. »
M. Garceau-Bussières garde aussi en mémoire les riches discussions qu’il avait avec ce passionné d’histoire : « J’aimais parler avec lui de l’histoire. C’était un homme qui s’intéressait à tout sur l’île : l’agriculture, les maisons, les familles, les municipalités, la culture… » Il ajoute, avec un brin de nostalgie : « L’abbé Létourneau a longtemps été actif au manoir et a participé à de nombreuses rencontres. Ses conseils étaient toujours appréciés et bénéfiques. Un des derniers projets qu’il aurait bien aimé réaliser était la construction d’une grange sur le site du manoir pour en faire un pavillon d’accueil et de réception pour divers événements. Mais, hélas, son rêve ne s’est jamais concrétisé. »
« J’aimais parler avec lui de l’histoire. C’était un homme qui s’intéressait à tout sur l’île : l’agriculture, les maisons, les familles, les municipalités, la culture… » – Jean-Pierre Garceau-Bussières
En se remémorant de bons souvenirs, Mme Javaux l’appelle par son prénom avec beaucoup d’émotion : « Raymond était un homme aux mille idées, un avant-gardiste même. Dans les années 1980, il a été l’un des premiers à organiser des croisières entre l’île d’Orléans et L’Isle-aux-Grues. Il avait aussi écrit un livre, un guide, si je me souviens bien, qui décrivait les îles du Saint-Laurent. C’était quelqu’un de rassembleur et un entrepreneur dans l’âme. Il aimait tant l’île et les gens qui l’habitaient ! » Andrée Marchand, une autre personne très active dans la communauté insulaire, évoque le rôle marquant qu’il a joué comme fondateur de la Société de la mise en valeur de l’île d’Orléans, laquelle a conduit, notamment, à la mise sur pied du Bureau d’accueil touristique à l’île.
L’abbé Létourneau a consacré 50 ans de sa vie au sacerdoce tout en menant en parallèle une seconde « carrière », en participant pleinement à la mise en valeur de l’île d’Orléans et à la sauvegarde de son patrimoine. Sa contribution à l’île est énorme !
M. Garceau-Bussières précise, à la toute fin de l’entrevue, qu’il compte bien rendre hommage à cet homme exceptionnel dans le cadre d’une cérémonie qui se tiendra au Manoir Mauvide-Genest, dès que la situation sanitaire le permettra.
La vie sacerdotale de l’abbé Létourneau
L’abbé Létourneau a également eu une vie bien remplie au plan religieux. Il a été vicaire de différentes paroisses, enseignant et directeur au Séminaire de Saint-Georges de Beauce. Il a aussi été animateur de pastorale hospitalière à l’Hôtel-Dieu de Québec, curé à Saint-Ignace-de-Loyola et aumônier des Sœurs de la Charité de Québec.
Son service religieux sera célébré à l’église de Saint-Jean le 5 juin 2021.
L’équipe du journal Autour de l’île offre ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches de l’abbé Raymond Létourneau.
Photo: Louis Létourneau

