Qui n’a pas dit un jour « avoir le nez fin » ou « mettre le nez dehors ». Tant d’expressions sont nées à propos du nez et sans s’en rendre compte, on fait l’éloge de l’odorat. Et un qui est bien placé pour en parler, c’est l’auteur et spécialiste scientifique de l’odorat, Hirac Gurden. Lire son livre Sentir, c’est découvrir le merveilleux monde des odeurs et de l’odorat.
Les gens qui gagnent leur vie avec leur nez comme le parfumeur connaissent bien ses vertus. L’odorat a presque des pouvoirs magiques sur quelqu’un qui ajoute une note de parfum discrète à sa tenue. À l’inverse, l’odeur d’une fumée toxique avertit du danger et peut sauver des vies.
Un sens qui a plein de sens
En fait, on réalise par cette lecture scientifique que l’odorat nous fait vivre une gamme de sensations et … d’émotions. Mais à l’inverse, les gens qui perdent l’odorat, comme ceux qui souffrent d’anosmie, sont privés hélas de bien des plaisirs de la vie! Certaines personnes qui l’ont perdu des suites de la Covid-19 pourraient en parler longtemps…
Et qui dit odorat, dit aussi parcours parfois assez insolite. Car voyager dans le monde des odeurs et de l’odorat est fascinant. C’est un univers trop peu connu que j’ai découvert comme l’arrivée de la première fleur au printemps.
Déjà, dans certains films historiques qui se déroulent dans des châteaux de France, j’avais une idée de cet univers qui me paraissait étrange. On y voyait des scènes où des personnages s’aspergeaient d’eau de toilette pour camoufler leurs mauvaises odeurs corporelles et aussi… se purifier dans un monde où le bain n’était pas au goût du jour !
Dans l’Europe du 17e siècle, les médecins de la peste avaient une imagination toute aussi débordante. Ils pensaient se protéger du virus en portant des lunettes et un masque aux airs d’oiseau rempli d’herbes et de parfum. Ils croyaient aussi aux vertus de l’encens dispersé dans l’air pour soigner les malades.
Toutes ces histoires semblent rocambolesques pourtant elles sont bien réelles ! Mais revenons à notre époque !
Ce n’est un secret pour personne ce don qu’ont les chiens de détecter des cancers grâce à leur nez. Mais on n’a rien à leur envier puisque des humains qui ont le nez très fin sont aussi capables de détecter la maladie d’un proche si son odeur corporelle change au fil du temps. Et si les chiens ont du flair pour sentir la maladie, leur maître à distance et leur proie, les humains sont toutefois plus doués qu’eux pour reconnaître les odeurs végétales telles les bananes, les pommes… Sachez aussi que, même si l’odorat diminue en efficacité avec l’âge, notre mémoire sensorielle, celle des souvenirs, reste.
Par ailleurs, l’odorat des gros rats a aussi de quoi surprendre car on s’en sert dans certains pays pour détecter des mines antipersonnel. Eh oui ! Grâce à ces rongeurs entraînés, des milliers de personnes sont sauvées. Même les rats s’en sortent en faisant leur boulot dans des champs de guerre minés car ils sont trop légers pour exploser.
Bref, sentir offre une gamme d’avantages mais aussi une protection olfactive à d’autres que nous dont… aux végétaux… entre eux comme l’herbe fraîchement coupée par une tondeuse. C’est prouvé scientifiquement que la senteur dégage un cri d’alerte olfactif qui prévient les autres plantes d’un danger qui les menace.
Le nez électronique
Vous pensez avoir tout vu sur le nez ? Détrompez-vous ! Le nez fait toujours l’objet d’études dans le monde. Et l’avenir a de quoi nous réjouir puisqu’on songe à remplacer le nez du chien par le nez électronique pour aider à repérer jusqu’à une vingtaine de pathologies, dont une dizaine de cancers juste avec l’haleine d’une personne.
En conclusion, j’aimerais bien pouvoir parler à ce scientifique réputé pour lui tirer les vers du nez et voir où tout ça va nous mener lui qui sait si bien nous faire voyager dans le monde des senteurs.
Sources : GURDEN, Hirac (2024) – Sentir – Comment les odeurs agissent sur notre cerveau, Paris, Ed. Les Arènes.
Vignette : Bobinne et Jobinne ont du flair et aussi… du style. Les chiens de Pierre Lahoud que je remercie. ©Pierre Lahoud

