QUI A EU CETTE IDÉE FOLLE D’IMPLANTER L’ÉCOLE À L’ÎLE ? C’EST FRANÇOIS LAMY !
Sabrina Gamache-Mercurio
info@fondationfrancoislamy.com
Le début des classes est à nos portes. Pour certains, ce sera la première rentrée, pour d’autres, c’est maintenant une tradition bien implantée.
Au Québec, l’instruction est offerte depuis plusieurs siècles, notamment à l’île d’Orléans.
Bref survol de l’éducation au Québec
Bien que l’éducation religieuse et l’apprentissage de la vie et de ses tâches se passent majoritairement dans les chaumières, plusieurs institutions religieuses s’installent dans la colonie dans le but d’instruire la jeunesse française tout en évangélisant les autochtones. Mentionnons les Jésuites, les Récollets, les Ursulines et la Congrégation de Notre-Dame qui s’installent principalement dans les villes, sauf la congrégation qui s’installe aussi en campagne.
Si l’éducation des garçons est orientée vers la prêtrise ou des métiers plus libéraux, celle des filles se concentre sur l’éducation religieuse et sur la façon de tenir maison.
La conquête viendra chambouler l’éducation, puisque dans une tentative d’assimilation l’instruction devra se faire dorénavant dans la langue de Shakespeare. De plus, le clergé n’arrive pas à se renouveler avec les nouvelles mesures du conquérant. En 1774, l’Acte de Québec restaure les droits français ainsi que la liberté de religion. Bien que l’éducation sur les bancs d’école reste marginalisée, l’instruction en français et dans la religion catholique peut reprendre.
Pendant longtemps, clergé et éducation vont de pair au Québec. D’ailleurs, en 1868, la province se dote d’un premier ministère de l’Instruction publique, qui sera aboli en 1875 en raison des pressions du clergé, qui revendique être le seul à posséder la compétence en éducation.
La fin de la Deuxième Guerre mondiale, le baby-boom et l’arrivée du gouvernement de Jean Lesage viennent chambouler le monde de l’instruction. Le gouvernement accorde une place prioritaire à l’éducation qui la voit, entre autres, comme une manière d’émanciper les Canadiens français qui ont été longtemps les sous-scolarisés de la province. De 1961 à 1966, la réforme Parent retire le mot « luxe », souvent associé à l’éducation, pour lui accoler le terme : « droit ». En plus de laïciser l’éducation, cette dernière est démocratisée, notamment en devenant gratuite.
Congrégation Notre-Dame
Bien qu’en Nouvelle-France l’éducation sur les bancs d’école n’ait pas été une priorité, les insulaires n’attendront pas longtemps avant d’éduquer leurs filles. Nous devons l’instauration du premier couvent de Sainte-Famille à François Lamy, premier curé de l’île. Dès 1685, il entame des procédures et des pourparlers avec les religieuses tout en s’occupant de leur constituer un fonds. Le 9 novembre de la même année, les sœurs Marie Barbier et Anne Meyrand se mettent en route pour Sainte-Famille.
Le 30 septembre 1686, les sœurs, entre temps logées chez des habitants, entrent enfin dans ce qui servira d’école : une maison à colombages. En 1701, le premier couvent de Sainte-Famille est construit.
Très rapidement, les premières pensionnaires font leur entrée au couvent ; les premières mentions de cela nous amènent à l’année 1691.
Le couvent de Sainte-Famille a une bonne renommée ; ainsi, plusieurs filles d’ailleurs deviennent pensionnaires. Le couvent reçoit aussi plusieurs externes. Toutes reçoivent une éducation pour devenir d’impeccables ménagères !
Le couvent brûlera le 6 avril 1941. Il sera reconstruit rapidement de l’autre côté du chemin Royal et la bénédiction du deuxième couvent de Sainte-Famille aura lieu le 31 mai 1942. À titre de commémoration, le pavillon du Parc-des-Ancêtres est situé à l’emplacement qu’occupait le premier couvent.
Les écoles ailleurs sur l’île
Avant les années 1800, les établissements scolaires se font très rares. Quelques instituteurs ambulants pouvaient passer dans les villages et fournir quelques connaissances. Des garçons fréquentaient le Petit Séminaire de Québec.
Il faut patienter quelques années avant qu’une école ouvre ses portes officiellement. La paroisse de Saint-Jean est parmi les premières à se doter d’une école. Le 3 mai 1830, un établissement s’installe au centre du village ; il sera converti en académie en 1855. Entre-temps, deux autres écoles ont aussi été établies aux extrémités de la paroisse.
À Sainte-Famille, il faut attendre 1829 pour voir une école dédiée aux garçons. À Saint-François, deux écoles voient le jour dans les années 1840. D’ailleurs, vous pouvez toujours visiter le site de l’une d’elles, maintenant la Confiserie de la Vieille École qui, comme son nom l’indique, est logée dans l’ancienne école de Saint-François. Sa valeur ethnologique et patrimoniale est riche.
En 1842, Saint-Laurent suit la tendance et ouvre sa première école. Près de 30 ans plus tard, en 1875, les sœurs du Bon Pasteur s’installent dans le village et leur école recevra rapidement filles et garçons. Saint-Pierre n’est pas en reste et se dote d’écoles dans les mêmes années que les autres paroisses.
Nous pouvons constater qu’il y a une volonté d’instruire et de donner aux enfants accès à l’éducation dès les années 1830. On se dote de moyens et d’outils pour veiller à la qualité de l’instruction donnée. Le clergé y est pour beaucoup, dans plusieurs cas.
Pour en savoir plus sur l’évolution de l’éducation, je vous conseille vivement L’Histoire de l’éducation au Québec, disponible sur le site de la BAnQ numérique. Vous y retrouverez d’ailleurs les règlements que devaient suivre les externes qui fréquentaient le couvent de Sainte-Famille, à la fin du XVIIe siècle. Bonne lecture et bonne rentrée !

