Je ne sais pas si vous êtes comme moi ces temps-ci, mais j’ai souvent l’impression de ne voir que le côté sombre de l’être humain avec la guerre et la violence qui secouent une partie du monde, comme un puissant séisme. Des gens se battent et se tuent pour un trip de pouvoir et de territoire. Or, voir le film sur grand écran L’abbé Pierre – Une vie de combats, c’est faire la paix, en deux heures seulement, avec la nature humaine.
Pour ceux qui ne connaissent pas l’abbé Pierre (1912-2007), il a été pendant longtemps une icône en France. L’homme est reconnu pour avoir aidé les plus démunis et fondé Emmaüs dans son pays, une œuvre charitable qu’on connaît bien ici avec le Comptoir Emmaüs, apparu en 1959.
Loin de moi l’idée de vous raconter en détail de l’histoire de l’abbé Pierre même s’il mériterait qu’on parle davantage de son humanisme exceptionnel. En fait, ce film biographique me donne le prétexte de parler d’autres personnes, plus discrètes, sauf par leur costume, qui ont beaucoup donné aux autres. Je parle ici des religieuses ou des sœurs. En les nommant, je sens déjà des yeux sourciller, car on les a mises de côté dans l’histoire parce qu’une petite minorité d’entre elles a commis des gestes, je l’avoue, impardonnables. Mais, entre nous, est-ce une raison pour toutes les renier et effacer ce qu’elles ont fait pour le peuple québécois ?
Il n’y a pas qu’un côté sombre dans l’histoire des congrégations religieuses. Il y a aussi un côté lumineux. On l’a peut-être oublié, mais les sœurs sont à la base de la création de plusieurs de nos institutions en éducation, santé et services sociaux. Au pic de leur gloire, avant la Révolution tranquille dans les années 1960, on les voyait partout. On en comptait près de 47 000 réparties en 133 communautés, dont la Congrégation Notre-Dame, à l’île d’Orléans. Tout comme l’abbé Pierre en France, ces femmes avant-gardistes ont marqué le Québec.
L’ignorer, c’est perdre un volet important de notre histoire pendant des centaines d’années. D’abord, les sœurs, par leur présence, ont contribué à l’émancipation des femmes dans une société qui était réticente à les accueillir sur le plan intellectuel. Les écoles qu’elles ont fondées y ont contribué. Ce sont aussi les sœurs qui ont pris soin des sans-abris, des filles-mères, des malades dans les hôpitaux et des enfants abandonnés dans les orphelinats.
Le partage de leur savoir est tout aussi grand, non seulement en éducation, mais aussi en santé où elles nous ont transmis leurs connaissances sur les plantes médicinales pour aider à soigner les malades. En alimentation, c’est pareil. Leurs recettes saines, économiques et écologiques ont permis de nourrir la population et d’éviter le gaspillage alimentaire dans une période austère et difficile. Le livre La cuisine raisonnée, publié en 1919, en témoigne, lui qui est toujours consulté en ligne.
Les religieuses étaient aussi de bonnes gestionnaires du patrimoine québécois. Elles ont su conserver en bon état les couvents, avec leur architecture unique, les archives qui racontent des moments importants de notre histoire, des œuvres artisanales magnifiques réalisées avec peu de moyens pour garder au chaud des enfants, des mères, des pauvres et des itinérants.
Même si de nos jours ces femmes disparaissent du décor, je n’oublie pas ce qu’elles ont fait de beau pour le Québec. Maintenant, ce sont d’autres personnes, des laïques, des bénévoles qui reprennent avec cœur le flambeau en aidant et en accompagnant les autres dans la maladie, la souffrance, la pauvreté et même par le rire, comme le clown humanitaire Guillaume Vermette qui parcourt le monde, depuis 2015, pour faire rire les enfants dans des pays en crise. Voir tout cela me remplit d’espoir et me redonne confiance en l’humain. C’est ce qui fait sa grandeur et me fait oublier le côté plus sombre et troublant de l’humanité.
https://comptoiremmaus.com/historique/; https://www.lautreparole.org/cinquante–ans–devolution–des–religieuses–du–quebec–de-1970-a-2020/


2 Comments
Merci pour ce rappel de notre belle histoire et de notre humanité. On l’oublie trop en ce moment. Oui les soeurs ont fait énormément pour les gens dans le besoin et pour l’éducation. Chapeau pour ce bel article!
Grand merci pour vos bons mots! Merci de me lire!