Sabrina Gamache-Mercurio
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L’été s’est implanté au Québec et les vacances de plusieurs Québécois sont déjà entamées. Cette année plus que jamais, on nous incite à visiter notre belle province. Toutefois, ce n’est pas la première fois que le gouvernement de la province invite ses citoyens à visiter son riche territoire. Dès le début du 20e siècle, des campagnes massives sont faites pour promouvoir les richesses du Québec, notamment, une île que nous connaissons tous, l’île d’Orléans.
Les débuts du tourisme sur l’île
La popularité grandissante de l’automobile est un vecteur important dans les balbutiements du tourisme insulaire. Le gouvernement de Louis-Alexandre Taschereau mise sur la coordination entre la mobilité grandissante des gens et le tourisme pour faire prospérer ce dernier. Il agit pour la sauvegarde et la valorisation des biens culturels du Québec en déposant la Loi des monuments historiques ou artistiques et en mettant en place la Commission des monuments historiques.
S’ajoute à cela le désir des autorités de doter la province d’un cachet unique pour attirer les Canadiens anglais et les Américains qui sont déjà des clientèles propices au tourisme. En 1928, le ministère de la Voirie recense 500 000 voitures ayant franchi la frontière américaine vers le Québec. C’est énorme !
C’est dans cette volonté que plusieurs régions éloignées et non reliées convenablement aux grandes routes auront enfin des routes praticables et entretenues, comme celle qui ceinture l’île depuis 1744. Rapidement, les tours de l’île d’Orléans (1927), de la Gaspésie (1929) et du Lac-Saint-Jean (1932) sont publicisés au Québec et ailleurs. On décide de tirer profit du caractère traditionnel du lieu et du fait français pour mousser la popularité de l’île d’Orléans. Et ça fonctionnera déjà, à ce moment ; les Américains sont curieux de voir cette île « figée » dans le temps et s’interrogent sur leurs racines françaises. Certaines choses ne changent pas !
Le pont de l’île d’Orléans
Un grand changement souffle sur la vie des insulaires en 1935, alors que le 6 juillet le pont Taschereau est inauguré. Pour la première fois, l’île d’Orléans serait reliée au continent 365 jours par année.
Cela implique aussi que des touristes pourront profiter des paysages et des richesses qu’offre l’île d’Orléans. Pour une région pratiquement fermée sur elle-même, ce changement est très important et viendra bouleverser la vie de ses habitants.
Le passage est payant pour les non-résidents, mais cela n’empêche pas une grande affluence sur une île relativement tranquille. Plusieurs personnes tireront parti du grand nombre de visiteurs en installant des pièces d’artisanat, comme des tapis crochetés, devant leur maison pour les vendre aux touristes. C’est le cas, entre autres, de Mme Eulalie Asselin, habitante de la Maison Drouin, qui vendait fièrement ses tapis en plus de ceux de ses voisines.
Une grande anticipation en lien avec la prochaine grande affluence touristique amène aussi son lot d’inquiétudes quant à la dégradation de ce bijou patrimonial. À la suite des signaux d’alarme donnés par plusieurs défenseurs du patrimoine unique de l’île, notamment Athanase David, un homme avant-gardiste qui propose, en 1934, que l’on considère l’île entière comme monument historique alors que le concept d’arrondissement historique ne verra le jour qu’une trentaine d’années plus tard.
M. David et d’autres auront partiellement gain de cause quand la Loi concernant l’île d’Orléans est sanctionnée le 2 mai 1935. Cette loi s’avérera rapidement insuffisante. Toutefois, une première volonté de protéger l’île et son patrimoine est implantée.
Quand Sainte-Pétronille rime avec villégiature
Écrire sur la villégiature et les vacances à l’île sans parler de Sainte-Pétronille est impossible. La paroisse telle que nous la connaissons aujourd’hui se développe essentiellement au 19e siècle autour de la villégiature. L’instauration d’un traversier reliant rapidement Québec à Sainte-Pétronille est non négligeable pour l’élite de la capitale qui recherche des lieux où se détendre à proximité de la ville. La paroisse attirera la bourgeoisie, principalement anglophone, de Québec. Tennis, golf et baignade ne sont que quelques exemples d’activités que pratiquaient les vacanciers. Si certains profitent d’une villa à eux, d’autres n’ont pas ce luxe et les quelques paysans de l’endroit, flairant le moyen de faire quelques deniers supplémentaires, louent leur maison. Des hôtels voient aussi le jour, dont le Château Bel-Air qui deviendra La Goéliche.
Plage d’Orléans ou rivaliser avec les Américains
Petite anecdote. En 1937, les vacanciers se réjouissaient de la réouverture de la Plage Orléans, située à Saint-Jean. Une plage que le journal Le Franc-parleur comparera aux grandes plages américaines avec son « board walk » de 700 pieds et ses tables pour dîner pouvant accueillir une famille de 12 personnes. Tout pour attirer la clientèle touristique !
Ce texte n’est qu’un rapide survol de l’évolution du tourisme à l’île d’Orléans. Il y aurait tellement plus à dire. Nous pouvons affirmer avec fierté que depuis plusieurs siècles l’île berce l’imaginaire de tous et les touristes viennent de tous les horizons pour la visiter et la chérir. Et puisque nous sommes en saison estivale, je vous suggère fortement le roman de Marie Laberge, Gabrielle. Vous y trouverez des personnages passant leurs vacances sur la pointe ouest de l’île. Peut-être le lirez-vous sur la terrasse de La Goéliche devant un bon repas !

