Un Jour de la terre pas comme les autres
Je suis arrivé à ce qui commence – Gaston Miron
Le 22 avril dernier, tous étaient invités à participer à la grande manifestation de Montréal pour célébrer le Jour de la terre. Près de 300 000 personnes ont répondu à l’appel: familles avec enfants, étudiant(e)s, autochtones, militant(e)s écologistes, artistes, syndicalistes, groupes de défense des droits humains, politicien(ne)s et candidat(e)s du PQ, de QS et du NPD; et cela n’épuise pas la liste.
Le thème rassembleur du Bien commun semble avoir été pour quelque chose dans cette participation massive. Comme si l’on s’était dit que le Jour de la terre était aussi et surtout celui des humains qui l’habitent. Comme si l’on assistait à la résurgence de l’espoir malgré le fossé social qui se creuse et en dépit des assauts aux fragiles équilibres environnementaux. La déclaration[i] On se fait un printemps accompagnant l’événement et signée jusqu’ici par plus de 57 000 personnes est d’ailleurs explicite quant aux motifs du rassemblement: «[…] Nous nous rassemblons parce que nous croyons que l’utilisation de nos richesses naturelles doit se faire en accord avec les populations, en harmonie avec la nature, au profit de tout le monde et dans l’intérêt des générations à venir, […] parce que nous croyons qu’il est possible de nous développer selon un modèle qui soit une source d’enrichissement réel, de progrès et de fierté et une source d’inspiration pour le monde entier […]». Elle l’est tout autant sur les demandes faites aux gouvernements: «Que le Gouvernement du Canada participe pleinement au Protocole de Kyoto, qu’il intensifie la lutte aux changements climatiques, qu’il cesse toute subvention aux compagnies pétrolières et gazières et qu’il poursuive toute politique de développement en répondant aux objectifs économiques, écologiques et sociaux les plus élevés au monde. Que le Gouvernement du Québec se dote d’une véritable stratégie, pour le Nord et l’ensemble du territoire, où le développement de nos ressources naturelles et énergétiques rencontre nos exigences les plus hautes en matière de partage de la richesse, de respect de l’environnement et des populations, maintenant et pour les générations à venir».
DES GESTES SYMBOLIQUES
C’est dans ce contexte que des gestes symboliques ont été posés durant cette journée du 22 avril soulignant le caractère social et environnemental de l’événement: Frédéric Back, l’auteur de L’Homme qui plantait des arbres, plantait lui-même un chêne sur le mont Royal en présence de Gilles Vigneault; des femmes innues de la Côte-Nord atteignaient le lieu de rassemblement après une marche d’une semaine depuis Maliotenam, disant vouloir montrer la détermination de leur peuple à être un acteur déterminant du Plan Nord; Thomas Mulcair et Pauline Marois signaient (symboliquement) le protocole de Kyoto au point de départ de la marche. Et à 14 h, sonnaient les cloches de 1 200 églises du Québec.
C’est dans une atmosphère bon enfant que s’est déroulée la courte marche depuis la Place des festivals jusqu’au mont Royal où la foule, aidée de centaines de bénévoles, s’est massée en prenant la forme d’une immense main (ou d’un arbre !). Ont suivi de brefs discours des instigateurs de l’événement qui ont vite laissé place à un spectacle où l’émotion, l’espoir et la poésie étaient manifestes. Ce qui s’explique sans doute par une exceptionnelle implication des artistes à la mobilisation et à l’organisation de l’activité dont les Dominic Champagne, Jacques Languirand, Fred Pellerin, Gilles Vigneault et Michel Rivard.
En ouverture du spectacle, Les oies sauvages, avec Mes Aïeux, qui appelle à la solidarité
Elles arrivent au printemps / Sur les ailes du vent / Par les routes de l’air
Drôle de géométrie / C’est un fil qui les lie / Dans leur vol angulaire […]
Tour à tour elles prendront / La tête du peloton / Le temps d’une gouvernance
Jusqu’au bout de leurs forces / Elles bomberont le torse / Pour que le groupe avance.
Puis, la chanson d’espoir de Richard Desjardins, Nous aurons, magnifiquement interprétée par Pierre Lapointe et Ariane Moffatt:
Nous aurons des corbeilles pleines / De roses noires pour tuer la haine /
Des territoires coulés dans nos veines / Et des amours qui valent la peine
Nous aurons tout ce qui nous manque / Des feux d’argent aux portes des banques /
Des abattoirs de millionnaires / Des réservoirs d’années-lumière […].
Et encore L’hymne à la beauté du monde, évidemment chanté par Diane Dufresne, qui invite à se préoccuper des générations futures:
Ne tuons pas la beauté du monde / Faisons de la terre un grand jardin /
Pour ceux qui viendront après nous / Après nous.
La pertinence des textes et la formule poétique des messages ne sont pas sans rappeler l’effervescence des années ayant suivi la révolution tranquille. Au lendemain du Jour de la terre, les organisateurs disaient vouloir faire de la déclaration un enjeu de la prochaine élection. À suivre !
Le Jour de la Terre, célébré dans plusieurs pays, a été souligné pour la première fois aux États-Unis le 22 avril 1970.
[i] La déclaration peut encore être signée en ligne à l’adresse http://22avril.org/declaration/

