Chronique Des histoires à dormir debout : Wood Stock à l’île

Qui a bâti les plus gros navires au Canada en 1824 ? Des habitants de l’île d’Orléans. Surprenant, pensez-vous ! C’est pourtant le cas. Cependant, il faut dire qu’ils n’ont pas fait long feu. Je vous raconte cette histoire à dormir debout.

En 1823, les frères Wood, Écossais et constructeurs navals de renom, avaient un p’tit problème. Le gouvernement de la Grande-Bretagne imposait une taxe faramineuse aux importateurs de bois de pin et de chêne. Qu’à cela ne tienne, ces fins renards trouvèrent un moyen ingénieux d’éviter ladite taxe.

Leur petite entourloupe consistait à construire, au Canada, des bateaux en pin et en chêne, de les faire naviguer jusqu’en Grande-Bretagne et, une fois au port, de les démanteler et se servir du bois pour la construction générale. Où ont-ils choisi de bâtir lesdits navires ? Sur l’île d’Orléans, à l’anse du Fort, là où se trouve maintenant l’Auberge La Goéliche.

C’est ainsi que Charles Wood entreprit la construction du Columbus qui prit la mer le 28 juillet 1824. Ses dimensions de 301 pi X 50 pi en ont fait, à l’époque, le plus grand navire au Canada.

Mais, voici le hic. Les propriétaires du navire, au lieu de le démanteler à son arrivée, ont décidé de le retourner au Nouveau-Brunswick. Étant conçu pour une seule traversée, l’énorme navire sombra en mer. Heureusement, l’équipage fut sauvé.

La même année, Charles Wood entreprit la construction du Baron Renfrew, un navire encore plus gros que le Columbus. Il prit la mer le 25 juin 1825 avec un chargement de bois d’une valeur 1 M$ (valeur en 2023 : 30 M$). La traversée se déroula à merveille. Cependant, une fois à quai, le navire coula sur place à la suite d’une mauvaise manœuvre.

Ainsi prit fin la construction de navires à la pointe de l’île. Quant aux frères Wood… ils s’en sont plutôt bien tirés. Leurs assurances leur versèrent 5 M$ (valeur en 2023 : 151 M$) et Charles, pour sa part, retourna en Écosse.

Le premier Cercle d’assurances maritimes connu aurait été créé à Florence, en 1552. L’assurance maritime s’est développée avant l’assurance terrestre.

Épilogue

Charles Wood a apprécié côtoyer les habitants de l’île, allant même jusqu’à en prendre la défense auprès des autorités britanniques. En 1835, la presse anglaise publiait des articles dénigrant la population canadienne française. Il prit alors la plume et rédigea une lettre à Charles Grant, secrétaire d’État à la Guerre et aux Colonies, dont voici un court extrait :

« J’ai passé un temps considérable au Canada à construire […] le Baron Renfrew et le Columbus […] J’ai passé la plupart de mon temps dans l’île d’Orléans chez les Habitants français. C’étaient les hommes et les femmes les moins compliqués et les plus moraux que j’aie rencontrés […] Les Français doivent être traités avec la plus grande délicatesse, les Britanniques sont trop enclins à les traiter comme des esclaves […]. »

Source: Chaussegros de Léry, A shipyard at the island, L’Île-d’Orléans, Historic monuments commission of the province of Quebec, 1928, pp. 405 à 410.

Sylvie Lavoie

Vignette : Sylvie Lavoie. Photo : Courtoisie.

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