Musique de chambre à Saint-Pétronille : du voyage intérieur…

Pour autant que nous n’ayons pas uniquement cherché la mélodie qui perce le macadam de nos mémoires, peut-être nous sommes-nous approchés de cette lumière qui jaillit du maelström sonore. C’est du moins le sentiment qui reste après avoir écouté le concert du duo composé de l’altiste Elvira Misbakhova et de la pianiste Meagan Milatz, présenté le 4 juillet dernier, dans le cadre de Musique de chambre à Sainte-Pétronille.

Ces deux grandes artistes, chaudement reçues par l’assistance, ont su, malgré la difficulté de certaines pièces, se montrer plus que convaincantes.

Une introduction en douceur, d’abord, avec le compositeur Mikaël Glinka et sa Sonate en ré mineur (Allegro moderato), élégante et charmante, toute en langueur, mais parfois vive, y sentant toujours la mélancolie.

Mais, il a fallu s’arrêter pour profiter du Fratres, d’Arvo Pärt, ce qu’a permis justement l’écoute dans ce lieu unique qu’est l’église de Sainte-Pétronille. Et se laisser imprégner par les mesures répétitives et saccadées du violon accompagnées par un piano qui sonne dans les graves l’appel au calme, avec succès, mais pas toujours, et qui tente d’apaiser l’enthousiasme de l’alto. Et se faire surprendre par les sautes d’humeur où se parlent fort les deux instruments qui, finalement, se réconcilient pour jouer en harmonie et douceur dans un remarquable decrescendo. Comme de vrais frères – de vraies sœurs en l’occurrence – qui se chamaillent d’abord et se tombent ensuite dans les bras ! Pur bonheur s’il en est !

Quant au compositeur Boris Pigovat et à sa Sonate pour alto et piano (2012), il nous amène complètement ailleurs, là où règne la lenteur, où l’alto distille une mélancolie très appuyée et délicatement soulignée (dans les aigus surtout) par les touches espacées du piano qui donnent parfois presque dans le tintinambuli de Pärt ou, si l’on préfère, dans une sorte de pointillisme sonore.

D’autres compositeurs faisaient aussi partie du programme, dont les mieux connus, Tchaïkovsky, Shumann et ce Britten particulièrement touchant avec ses Elegy et Lachrymae, tendres et tristes, mais si bien rendus par les deux instruments. 

Bon ! Ce concert, vous l’avez peut-être manqué. Qu’à cela ne tienne, vous pourrez toujours vous reprendre avec celui du 1er août, une autre prestation qui promet d’être mémorable, celle du quatuor Andara qui lui nous invite à un autre type de voyage, dans les profondeurs océaniques, rien de moins !

… AU CHANT DES BALEINES

Le quatuor Andara nous présentera, le 1er août, une séquence de pièces qui peuvent se percevoir comme la main tendue d’un accompagnateur de plongée.

Avec l’Adagio pour cordes, de Samuel Barber, c’est d’abord à une préparation aux profondeurs que nous allons être convoqués. La pièce lente et oscillante enveloppe comme des courants marins et prépare à cet état d’esprit essentiel à la plongée.

Puis, va suivre le Quatuor à cordes no 1 en ré mineur, op. 25 de Benjamin Britten, qui lui, nous initie tout doucement à l’eau froide et au monde sous-marin, étrange et sublime à la fois, et nous exhorte, par le jeu lent de l’alto et les cordes pincées de la contrebasse, à descendre davantage jusqu’à cette limite où s’imposent la noirceur et l’angoisse.

C’est ensuite que va survenir l’inattendu avec Dark Energy, de Kelly-Marie Murphy, particulièrement dans les premières mesures où, au travers un environnement sonore inquiétant, surgit ce qui s’apparente au chant de baleines, lesquelles semblent insister pour faire comprendre leur profonde détresse (tirades senties des cordes, comme des plaintes). Est-ce là l’euphorie des profondeurs ?

C’est Mendelsson qui, enfin, rassure et facilite une lente et nécessaire remontée qui se solde, avec tout de même plus qu’une trace de la tragédie évitée de justesse, dans la joie de l’extraordinaire expérience aquatique, de cette rencontre inopinée et de l’allégresse du retour à l’air libre respiré à pleins poumons.

À voir, ne serait-ce que pour le troublant chant des baleines !

Vignette : L’altiste Elvira Misbakhova et la pianiste Meagan Milatz. ©Steve Gerrard

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