Elle l’avait promis l’été dernier : « Je reviendrai ! ». Et la voilà sur le pas de la porte… une véritable apparition. Haute comme trois pommes, elle entre telle une fusée. « Ma maison ! » s’exclame-t-elle. Elle veut tout voir, tout savoir.
Monique Guérin, 98 ans, a vécu dans LA maison de l’Île — au 21, route du Mitan — avant que ma grand-mère ne l’achète en 1939. Elle était alors une toute petite fille.
Pour souligner la visite de Monique, j’ai invité mes tantes et mon oncle qui, longtemps avant moi, y ont également passé leurs étés d’enfance. Ainsi, le temps de quelques heures, les membres de la famille Lachance encore vivants ont rencontré la toute-petite de la famille Guérin. Ils se sont raconté leur vie, rappelé leurs souvenirs. Ils se sont nourris de récits découlant d’un passé pas si lointain.
« Nous étions 11 enfants. Les grands jouaient dans la salle à dîner alors que nous, les petits, nous les regardions assis dans les marches de l’escalier qui mène au deuxième étage. […] Voyez, en haut, les fenêtres qui font face au fleuve : c’était un grand dortoir. Nous dormions tous là […] Mon frère volait des bonbons chez Mme Leclerc. Elle les cachait dans son poêle en fonte », raconte Monique.
Comme moi et ma mère avant moi, Monique a « joué à la ferme », chez les Létourneau.
Bien que la maison ait bien changé depuis le temps, elle est encore chargée de souvenirs. J’ai appris que le terrain de tennis existait déjà du temps de la famille Guérin et que c’est sa maman qui a fait construire la laiterie derrière la cuisine d’été.
Un mystère en la demeure
Mais du jour au lendemain, la maison de son enfance n’appartenait plus à la famille Guérin. Que s’est-il passé ? Les quelques documents notariés que j’ai en ma possession ont permis à Monique, seule survivante de la famille Guérin, ainsi qu’à ses neveux et nièce de comprendre ce qui s’est alors passé. Son papa a fait faillite. Elle ne le savait pas. Elle en a confirmation sous les yeux en lisant les documents. « On ne parlait pas de ces choses-là à cette époque. »
Comme LA maison de l’Île est maintenant un gîte, Monique a pu s’offrir une dernière nuit dans la maison de son enfance quelque 80 ans plus tard. « J’ai eu de la difficulté à m’endormir, trop d’émotions… », a-t-elle souligné à son réveil.
Elle est repartie avec une photo, celle de « sa maison », qu’elle ajoutera aux dizaines d’images qu’elle a prises, au cours de son séjour, avec son petit appareil photo. « C’est pour mettre sur mon Facebook », dit-elle avec un sourire taquin.
Cette femme d’un autre temps a fait les beaux-arts. Elle a travaillé pour la Croix-Rouge auprès des vétérans, notamment au Japon après la Seconde Guerre mondiale et en Corée pendant la guerre du même nom.
Merci Monique pour ce beau moment d’éternité. Tes souvenirs heureux habiteront désormais LA maison de l’Île.
Sylvie Lavoie
Vignette : Monique Guérin est entourée de Lyse Ferland, Marc Ferland, Michèle Lepage, Yaives Ferland et Yves Blanchette. ©Sylvie Lavoie

