En voyageant dans les Cantons de l’est cet été, j’ai fait une rencontre intéressante avec une femme qui s’est lancée un défi bien particulier il y a quelques années, soit de redonner ses lettres de noblesses à ce que l’on appelait autrefois « l’art ménager. »
Eh oui, vous avez bien lu. Cette femme, éducatrice dans un service de garde, a présenté un projet spécial à la direction de l’école qui a accepté d’emblée l’idée. Elle lui a offert de donner des cours aux élèves de 8 à 10 ans dans le cadre d’une activité parascolaire. Mais pas n’importe lequel ! Un cours en fait qui rend les élèves encore plus autonomes. Comment ? En leur enseignant, à raison de quelques heures par semaine pendant l’année scolaire, différentes tâches simples liées à des activités quotidiennes à la maison.
Ainsi, ces élèves apprennent à manipuler une aiguille pour coudre un bouton, à raccommoder un bas, à faire un sandwich dans les règles de l’art, à tricoter un foulard, à broder même … Et, vous savez quoi ? Les élèves adorent ça. Ils sont fiers, comme le dit l’idéatrice du projet, de voir qu’ils sont capables de se dépanner et de réaliser ces petites choses très utiles du quotidien. Les parents aussi l’apprécient beaucoup… il va sans dire. Et l’activité est offerte à tous les élèves, tant aux gars qu’aux filles. Évidemment, la pandémie a ralenti le projet de l’éducatrice l’an dernier. Mais elle compte bien reprendre ses activités cet automne si le contexte sanitaire le permet toujours.
L’ère de l’enseignement ménager
L’idée n’est pas nouvelle socialement parlant. Autrefois, les jeunes apprenaient l’art ménager de leurs mères ou de leurs grands-mères qui vivaient souvent sous le même toit. Ces femmes se faisaient un devoir de transmettre, en héritage, à leurs enfants et petits-enfants, leur savoir-faire tant pour l’entretien de la maison que pour la cuisine, la couture, etc. Même qu’à certaines périodes, particulièrement entre les années 1930 et 1960, des écoles dédiées à l’art ménager existaient un peu partout au Québec. Ces établissements, gérés par des religieuses, visaient à « rendre les filles capables d’aider leur mère dans les travaux du ménage et les préparer à leur future mission d’épouse », selon le manuel Les instituts familiaux du Québec publié par le département de l’Instruction publique de 1962. Mais les valeurs ont bien changé depuis cette époque. Heureusement d’ailleurs ! Après coup, les commissions scolaires ont offert, pendant un certain temps, des cours qui s’apparentaient à ceux de l’art ménager comme apprendre à cuisiner dans des cours de formation professionnelle. Puis, à partir des années 1980 et pendant au moins une dizaine d’années, les élèves du secondaire ont pu suivre le cours d’économie familiale qui abordaient en partie des thèmes semblables.
Une idée revampée
Somme toute, pour revenir à cette éducatrice, c’est en remarquant l’intérêt et l’enthousiasme des enfants à participer à certaines tâches ménagères au service de garde que l’idée lui est venue de proposer un tel projet à l’école. Elle souhaitait aussi accompagner les parents dans l’éducation des enfants à la maison. Mission accomplie ! En 2022, elle caresse déjà l’idée d’offrir des cours de bienséance aux tout-petits !

