De belles découvertes aux anciens ateliers du chantier F.-X. Lachance, 45 ans après sa fermeture

Jean-François Lachance 

Ce n’est plus un secret pour personne : l’entreprise Confiturerie Tigidou, de Saint-Jean-de-l’Île-d’Orléans, occupera, dès cet été, les anciennes installations du chantier F.-X. Lachance, au 7009, chemin Royal, Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans, en plein centre du cœur villageois de Saint-Laurent.

Pendant plus de cinq décennies, de 1925 à 1976, le chantier François-Xavier Lachance a construit quelques centaines de bateaux de plaisance et des milliers de canots et chaloupes en bois de toutes sortes, employant des dizaines de travailleurs de l’île d’Orléans et de l’archipel de L’Isle-aux-Grues, dont le propriétaire était natif.

Le propriétaire de la confiturerie, Vincent Paris, compte bien faire revivre l’esprit du lieu, au rythme des marées, avec le soutien et la participation du Parc maritime de Saint-Laurent, tout en mettant en valeur des produits du terroir de l’île d’Orléans. L’endroit, bien qu’il ait été vendu par F.-X. en 1975, est encore habité par sa riche histoire de construction marine de notre village. En effet, la position géographique stratégique du lieu, protégée des vents mauvais par le quai, rappelle à la mémoire son lien étroit avec le fleuve, seul accès au monde extérieur avant la construction du pont inauguré en 1935. 

En novembre dernier, j’ai contacté Vincent Paris afin de partager brièvement avec lui l’histoire passionnante du chantier de grand-papa et lui remettre quelques belles images du chantier à ses heures de gloire. Avec son autorisation, le lendemain, accompagné de mon père, Jean-Guy Lachance, et de ma sœur Suzanne, j’ai eu la chance de revoir l’intérieur de ce qui fut un jour un haut lieu de la construction de bateaux de plaisance au Québec.

La fébrilité était au rendez-vous. Mis à part le fait que les outils et les équipements n’y soient plus, rien n’avait changé. La boutique (comme on l’appelait) a conservé son caractère et son âme : on pouvait presque y imaginer encore un bateau en construction attendant qu’on ouvre les immenses portes donnant sur le fleuve pour son lancement et sa mise à l’eau dans l’anse. Depuis cette visite qui nous a fait remonter dans le temps de quelques décennies (merci Vincent), les travaux d’aménagement ont commencé à la Confiturerie Tigidou afin d’adapter l’espace à sa production.

Mais voilà qu’à la fin février, ouvrant une trappe qui donnait sur un espace probablement jamais dévoilé depuis 45 ans, Vincent Paris fait une découverte extraordinaire. Il aperçoit, dans le fond du grenier de la partie ouest du bâtiment, des formes (gabarits), des lisses parfois longues jusqu’à 40 pieds et autres pièces de charpenterie de marine qui ont été remisées dans cet espace par F.-X. Lachance au temps de la Seconde Guerre mondiale. Il aura fallu plus de 70 ans avant que quelqu’un ne les découvre et les sorte de l’ombre. Dans une des entrevues qu’a accordées F.-X. à Diane Bélanger, auteure de La construction navale à St-Laurent, île d’Orléans, en 1984, F.X. évoque ces « baleinières » qui ont été fabriquées à la chaîne (parfois deux par semaine) pour la défense nationale canadienne, de 1940 à 1945. Une fois la guerre terminée, il a entreposé les ensembles de formes et lisses de ces grandes chaloupes avec d’autres formes qui semblent s’y être accumulées avec les années avant de tomber dans l’oubli.

L’industrie de la construction navale a été la plus grosse industrie de l’île d’Orléans aux XIXe et XXe siècles. Cette activité a fait la fierté et la réputation des gens de chez nous. J’ai donc interpellé mes fidèles collaborateurs sur les chemins de la mémoire de F.-X. Et c’est ainsi que, fort de l’appui du Parc maritime et à la demande de Vincent Paris, je suis descendu à l’île avec l’ethnologue Philippe Dubois, du Conseil québécois du patrimoine vivant, pour filmer et faire un inventaire sommaire des artefacts en question. C’est avec émotion que nous avons pu contempler ces pièces qui, à elles seules, témoignent de tout le savoir-faire d’un homme et du métier de tant d’autres. F.-X. sera le dernier du village de Saint-Laurent à vivre exclusivement de la construction de bateaux de bois et aura emporté avec lui ses connaissances et les secrets de son métier acquis pendant plus d’un demi-siècle. 

Ces précieux objets, témoins d’une époque révolue, mais pas si lointaine, méritent certainement d’être étudiés et préservés par le Parc maritime (institution muséale agrée du Québec) qui a comme mission de faire la promotion de notre riche histoire maritime. Mais en attendant d’avoir l’espace nécessaire et sécuritaire pour assurer leur conservation et leur mise ne valeur, Vincent, de la confiturerie, a gentiment accepté de laisser en place ces artefacts. D’ailleurs, le propriétaire promet d’en exposer quelques-uns dans l’atelier de F.-X., dont il compte bien laisser les grandes portes ouvertes pendant la saison estivale.

Pour ceux et celles qui sont intéressés par l’histoire de F.-X. Lachance : http://museevirtuel.ca/f.x.lachance 

En continuité avec mes recherches, si vous avez des archives et anecdotes au sujet de F.-X Lachance que vous aimeriez partager, je vous invite à communiquer avec moi par courriel à jeff@atelier-letabli.ca

Vestiges rapatriés au Parc maritime

Le Parc maritime de Saint-Laurent est heureux de cette découverte de vestiges importants pour la conservation du patrimoine maritime et la construction navale à l’île d’Orléans. Ces vestiges seront rapatriés au Parc maritime, dès que possible pour leur conservation et leur mise en valeur. 

En attendant, nous tenons à remercier M. Vincent Paris de les conserver à l’abri des intempéries. Ces vestiges s’ajouteront à l’inventaire des collections du Parc maritime, dont la mission muséale est de conserver et diffuser le patrimoine maritime de l’île d’Orléans. Le Parc maritime de Saint-Laurent est une institution muséale agréée et un site patrimonial classé. Il est soutenu par le ministère de la Culture et des Communications. 

N.B. Jean-François Lachance est artisan en patrimoine bâti et petit-fils de François-Xavier Lachance.

Read Previous

91 500 $ pour soutenir des initiatives culturelles de la MRC de L’Île-d’Orléans

Read Next

MRC de L’Île-d’Orléans en bref

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Autour de l'île

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture