Âgisme au travail : réalité ou fiction ?

L’article récent de Pierre Fortin, Une précieuse ressource, paru dans la revue L’Actualité (octobre 2020) m’a fait réagir. Cette précieuse ressource des 50 ans et plus au travail, comme l’économiste le souligne, est-ce que les employeurs l’apprécient autant qu’on le pense ?

Selon ce que je vois, encore trop de gens de ces groupes d’âge vivent de la discrimination. Qu’ils soient encore en emploi ou en démarches pour en obtenir un dans le secteur de leur choix, le problème est toujours le même. Plusieurs d’entre eux déplorent de se voir écarter sans raison des centres de décision dès que leur visage montre des signes de vieillissement. Parce que leur physique change, aux yeux de certains employeurs, pas tous, heureusement, ces personnes perdent du même coup toutes leurs capacités. Ils les jugent à tort, moins à jour, moins habiles avec les technologies et même « dépassées » en dépit du fait qu’elles se perfectionnent et suivent le rythme du progrès.

Stéréotypes liés à l’âge

Je ne suis pas la seule à observer cette situation malheureuse. Dans le journal Les Affaires (07/01/20), le journaliste Olivier Schmouker en parle, preuve à l’appui. Il cite l’étude Older workers need not apply ? Ageist langage in job ads and age discrimination in hiring de quatre professeurs d’économie d’universités de Suède (Stockholm) et des États-Unis. Les résultats de leur recherche sont préoccupants.

Peu importe le sexe, dès qu’une personne vieillit, des employeurs, consciemment ou non, véhiculent nombre de stéréotypes associés à l’âge. Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont fait passer un test. Ils ont d’abord identifié 13 371 offres d’emplois dans une douzaine de métropoles américaines qui présentaient des formulations stéréotypées (conscientes ou non). L’idée était de voir si les employeurs avaient tendance à discriminer les candidats d’un certain âge.

Après coup, ils leur ont acheminé 40 223 curriculums fictifs sachant que la différence entre ceux-ci concernait non pas les compétences, mais l’âge des candidats. Résultat : dès que l’emploi nécessite des connaissances accrues en technologie ou en communication, par exemple, à compétence égale, c’est le plus jeune qui est le plus souvent choisi.

La fondatrice d’Emploiretraite.ca, Julie Dufresne, abonde dans le même sens. Elle rappelle d’abord que si l’organisme a été créé pour les retraités ou les travailleurs de 50 ans et plus, c’est parce qu’il y a une problématique et qu’elle sent un peu d’âgisme au Québec.

Des choix qui rétrécissent

Cela signifie que les personnes expérimentées doivent le plus souvent mettre une croix sur le type d’emploi recherché ou en envisager d’autres… de moindre qualité, parfois. Or, depuis 1900, l’espérance de vie s’allonge. On a gagné 10 ans de plus depuis 1974 alors que l’espérance de vie était de 73 ans à l’époque. C’est donc étonnant, selon le physiothérapeute Denis Fortier, de voir que les trois décennies qui se sont ajoutées à l’espérance de vie moyenne depuis le siècle dernier ne semblent pas avoir modifié notre façon de percevoir les gens vieillissants.

L’exemple du Japon

Espérons que le temps donnera raison à l’économiste Pierre Fortin. Selon lui, le modèle japonais, qui valorise depuis longtemps la vieillesse et l’expérience des travailleurs plus âgés, pourrait favoriser l’évolution de la pensée de nos employeurs. En période de pénurie de main-d’œuvre, la solution passe assurément par un changement de culture et une meilleure estime des personnes vieillissantes sur le marché du travail. Après tout, tout le monde vieillit !

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