Le retour d’un discret témoin de notre passé

Robert Martel

rmartel20@yahoo.ca

Elle a repris la place qu’elle occupait depuis des lustres, cette croix de chemin, la seule, à notre connaissance, qu’ait jamais possédée Sainte-Pétronille. Plantée à proximité de l’une des rares maisons de ferme de ce bout de l’île peu propice à l’agriculture, elle se signale à nouveau à l’attention des passants. 

Les intempéries ayant eu raison de la précédente, cette nouvelle croix de cèdre est l’œuvre de l’artisan de Saint-Jean, Basile Javaux, secondé de Marie Picard, tandis que Sacha Pouliot, de Saint-Laurent, en a fabriqué le support métallique. L’employé municipal Daniel Laflamme l’a ensuite peinte, tandis que l’artisan de Québec Jean Chaîné a couvert de feuilles d’or l’auréole ainsi que la traditionnelle inscription. Le printemps prochain, on procédera au réaménagement de ses abords.

Le patrimoine, mémoire d’une communauté

En 1920 − il y a donc 100 ans cette année −, la Commission des monuments historiques du Québec ajoutait les croix de chemin à la liste du patrimoine québécois. Tout comme nos maisons, granges et autres bâtiments anciens, nos églises et chapelles, elles aussi sont des rappels de l’enracinement et des valeurs des gens qui ont bâti ce pays avec tant de courage et de détermination.

En 2009, on recensait dans l’île 18 croix de chemin et plus de quatre calvaires : en somme, une sorte de grand chapelet faisant son tour de l’île… Dans bien des cas elles portent des symboles : clous, fouets, couronne d’épines, échelle, ces instruments de la Passion. Parfois, un simple cœur, une auréole symbolisant le Christ, voire un coq au sommet rappelant la trahison de l’apôtre Pierre.

Contrairement au bâti, les croix de chemin ne sont pas du patrimoine utilitaire. Tantôt elles auront souligné la prise de possession de la terre où l’on s’établissait, tantôt elles feront l’objet d’une promesse pour une requête, ou exprimeront la reconnaissance pour faveur obtenue. Elles pourront même devenir lieu de rassemblement, notamment en raison de l’éloignement de l’église. Il arrive encore qu’elles soient chargées d’espoir.

En ces temps où l’obsession du présent entraîne un désintérêt à l’égard du passé, où l’on s’adonne avec passion à une sorte de brassage des valeurs, voire à des opérations de déboulonnage, les croix de chemin murmurent discrètement au passant : Souviens-toi.

Read Previous

Concours d’art public de Sainte-Pétronille

Read Next

Grand excès de vitesse sur le pont de l’Île-d’Orléans

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Autour de l'île

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture