Yves-André Beaulé
Mon grand ami d’enfance, à Sainte-Pétronille, de la fin des années 1950 et des années 1960, Vincent Grenier, m’annonçait dernièrement que sa mère, Mme Huguette Lacroix, était décédée un peu avant Noël à l’âge vénérable de 98 ans ; il m’invitait à assister à un hommage qui lui serait rendu. Si, pour la majorité des gens vivant aujourd’hui sur l’île et en particulier à Sainte-Pétronille, son nom n’évoque que peu de souvenirs, il demeure cependant très présent dans la mémoire de certains d’entre nous. Je puis affirmer sans aucun doute qu’elle a contribué d’une façon extraordinaire et remarquable, par son côté artistique, à la vie sociale et culturelle de la municipalité du village de Sainte-Pétronille. En effet, elle fut la fondatrice et directrice des tout premiers concerts à l’île d’Orléans. Ces concerts étaient tenus occasionnellement dans la vieille église de Saint-Pierre, par mauvais temps, et à l’extérieur (concerts sous les étoiles), à Sainte-Pétronille, au domaine du Mont-des-Roses qui appartenait alors à M. Braff (1959).
Mme Lacroix était à l’époque mariée au notaire Robert Grenier et demeurait à la pointe extrême de Sainte-Pétronille ; leur maison est aujourd’hui occupée par M. et Mme Drouin. Mme Grenier s’était entourée de Mme Huguette Gosselin et de son époux Willie, de Mme Richard Hull, de M. Braff et de Mme Lamonde, tous résidents du village, pour faire connaître au grand public la musique populaire et classique à son meilleur. Elle avait su attirer des foules records à Sainte-Pétronille, jamais égalées encore aujourd’hui, en invitant de jeunes artistes talentueux tels que Félix Leclerc, Sylvio Lacharité et son grand orchestre, Gilles Vigneault, le grand guitariste de réputation mondiale Alexandre Lagoya, Jean-Louis Rousseau, jeune premier violon de l’orchestre symphonique de Québec, la Musique du Royal 22e Régiment ainsi que de nombreux chœurs, dont le réputé chœur V’là l’Bon Vent.
Mme Lacroix Grenier, artiste peintre de talent, avait perfectionné son art en suivant des cours de peinture avec son amie Louise Richard Hall au domaine de la famille Porteous, au début des années 1950, cours donnés par un des plus grands peintres québécois de l’époque, Jean-Paul Lemieux, ami de la famille Porteous. Après son déménagement à Québec, elle s’impliqua dans la vie culturelle de la capitale en participant à la création de la rue du Trésor et, avec des amis, du théâtre du Trident. Elle était également commissaire d’art et organisa, à plusieurs occasions, de nombreuses expositions d’artistes peintres, en autres au Grand Théâtre de Québec.
Si, aujourd’hui, Sainte-Pétronille est réputée pour la musique, les arts et la culture en général, c’est entre autres parce que Mme Grenier en a porté le flambeau très haut. Merci à cette pionnière qui a contribué énormément à la renommée de notre village.

