Prenez une tasse d’amour et mélangez-la dans un bol de chaleur humaine avec ¼ de tasse de discorde. Ajoutez-y deux tasses de support, une pincée de chicane et une cuillère à soupe de rire, mettez le tout dans un four du quotidien à 365 jours et laissez cuire durant le temps d’une vie. Il en résultera une famille unie dans les difficultés qui saura vous réconforter, à moins que vous ne manquiez votre recette…
J’entends depuis ma plus tendre enfance les récits de jeunesse de mon père que j’écoute avec une grande fascination. Il reconstruit, sous mon regard et pour mon plus grand bonheur, des vestiges de l’île d’Orléans, de ses grandes terres vastes, de sa jeunesse, de la promesse de liberté qu’elle lui offrait. Je me suis plu à l’appeler pour moi même La Belle. L’île d’Orléans suscite en moi une envie de liberté et d’une vie selon les plus vieilles traditions. Moi, je suis une cégépienne de 18 ans qui réside à Beauport; à part les coins de pelouses aux détours des rues, je suis déconnectée de la beauté naturelle de La Belle. Pourtant, j’ai ma petite beauté naturelle bien à moi: ma famille. Oui, vous avez bien entendu, une jeune adulte de 18 ans qui aime sa famille! J’ai comme paternel la force douce de l’autorité, ma maternelle est une douce brise humide du printemps, une tempérance et un amour. J’ai deux sœurs; on a souvent des mésententes, c’est naturel, mais par-delà les chicanes j’ai deux meilleures amies. L’aînée est une protectrice et ma cadette est une fleur qui étend ses jeunes pétales au soleil de la vie. On a tendance à croire que des familles comme la mienne n’existent plus, mais plus j’avance dans la vie, plus j’ai le privilège d’en rencontrer au détour de mon parcours.
La famille d’aujourd’hui
Notre monde est rempli d’individualisme, de soif d’argent et d’autres défauts désarmants pour une jeune fille comme moi. J’entends parler d’histoires de viols perpétrés par des parents, de fils qui menacent de mort leur père, de parents qui abandonnent ou maltraitent leurs enfants ou encore de familles détruites par des folies meurtrières. Dans ce climat de destruction, comment éviter la nostalgie du temps de nos parents? Comment fuir le désir d’une grande famille rassemblée autour d’un feu pour danser, chanter, rire et juste s’aimer? Avec mes 18 années dans cette vie, je ne peux pas encore dire ce à quoi je veux aspirer, mais si j’ai bien un souhait c’est d’avoir un jour une famille aussi belle que celle qui m’a élevée.
Les lunettes de la génération Y
Nous, les héritiers des perles du Québec, comme l’île d’Orléans, La Belle, ou encore les familles dans tout leur naturel déjanté et franc, nous ne sommes peut-être pas aptes à gérer toute cette richesse. Normal! Pour les jeunes, la richesse, c’est d’avoir le plus grand nombre de partenaires qui ont passé dans notre lit ou encore de biens matériels qu’on possède. Bon, j’avoue que je suis un peu dure, bien que très sincère. Parmi les gens qui m’entourent, je retrouve encore des beautés que je croyais disparues en même temps que les mammouths. Je vois des gens qui me disent aimer leur famille et j’ai parfois de la misère à les croire. Les couples jeunes qui ont des enfants se font de plus en plus rares. Les unions libres où chacun ramasse son argent sont la nouvelle mode. L’argent, l’argent et toujours l’argent! Voilà pourquoi j’envie la jeunesse de l’île, ses fêtes de famille, ses violoneux, cette ambiance chaude qu’on sent même si l’on n’était pas présent, ses jeunes fous qui ont plus d’une fois fait des niaiseries, selon les dires de mon père. Aujourd’hui, la jeunesse se passe figée devant un écran plat. On se texte pour demander le sel, on fuit les réunions de famille en jouant sur nos appareils mobiles ou on dépense nos belles journées devant des jeux vidéos. Espérons que le meilleur est à venir.
La flamme brûle
Je t’aime ma belle île, je t’aime avec tes étendues verdoyantes, je t’aime avec ton passé enivrant et surtout je t’aime pour ce que tu m’offres de magie. Je suis heureuse de clamer haut et fort que je suis la fille d’un gars de l’île. Dans mon cœur, mon père a insufflé une passion, celle de la vie à l’île, et bien que pour l’instant je contemple cette image avec envie sans pouvoir la toucher, comme la flamme d’une bougie, je l’admire et je profite de la chaleur qu’elle dégage. Je vis des soirées de magie en famille et je me sens toujours plus chanceuse d’avoir le nom de famille qui est le mien. Je suis de la famille Dionne et je garde espoir, en moi, qu’un jour mes enfants vivront le même amour que j’ai pour l’île.
(photo: Carissa Rogers)

