Conservation de la nature à la Pointe d’Argentenay

L’organisme Conservation de la nature Canada (CNC) a acquis, l’an dernier, la terre de la Pointe d’Argentenay afin d’abord d’en protéger la richesse naturelle et éventuellement de mettre le site en valeur. Nous avons rencontré M. Patrice Laliberté, chargé de projet pour CNC à Québec, pour en savoir plus.

Depuis les années 1940, la Pointe d’Argentenay, une surface de 35 acres (15 hectares) dominée par la forêt et comportant 1,15 km de rive à l’extrémité est de l’île d’Orléans, appartenait aux familles Guimont et Lafrance qui l’ont conservée intacte jusqu’à aujourd’hui. Ce lieu d’une grande beauté est également d’une immense richesse écologique. La Pointe est limitée par un estuaire d’eau douce où se mélangent les eaux douces du fleuve Saint-Laurent et les eaux salées du golfe et de l’océan Atlantique. Il s’agit en outre d’une zone soumise à l’influence des marées, c’est-à-dire une zone intertidale, d’une grande richesse, où croissent des fleurs et des plantes uniques au monde, notamment la gentianopsis de Victorin et la cicutaire de Victorin. Celles-ci, de même que d’autres espèces endémiques à l’endroit, se trouvent actuellement en situation précaire[1].

La Pointe d’Argentenay détient en outre le statut d’écosystème forestier exceptionnel (EFE), attribué par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, puisqu’y subsiste une forêt de chênes rouges et de hêtres à grandes feuilles. Le chêne rouge, qui était très répandu dans la région de Québec aux débuts de la colonie, s’est beaucoup raréfié depuis. En effet, il fut intensément récolté pour la construction de navires à l’époque où les chantiers navals étaient une industrie florissante à Québec. D’ailleurs, selon Conservation de la nature  «…il est très rare que d’aussi incroyables forêts riveraines soient toujours debout dans une région colonisée depuis 400 ans.»[2] Par exemple, le village de Saint-François, encore à ce jour très agricole, possède d’immenses terres, certaines défrichées au XVlle siècle, et de vastes panoramas, mais un milieu forestier localisé près des rives du fleuve.

La chênaie rouge à hêtres de la Pointe d’Argentenay sert également de refuge à de nombreuses espèces aviaires, dont le pioui de l’Est qu’on estime en situation préoccupante, et d’aire de nidification pour le pygargue à tête blanche, espèce désignée vulnérable en 2012, et le grand héron. Le milieu forestier abrite aussi la salamandre cendrée. La zone intertidale de la pointe accueille un grand nombre d’espèces fauniques. Selon M. Patrice Laliberté, elle figure parmi les plus productives du fleuve Saint-Laurent du fait de la richesse de sa biomasse végétale qui nourrit les invertébrés alimentant poissons et oiseaux aquatiques. Elle est notoirement fréquentée par l’oie des neiges dans la réserve de Cap-Tourmente qui se trouve à un coup d’aile et par le canard noir.

La pointe est donc qualifiée par CNC de sanctuaire insulaire, un milieu d’un intérêt écologique majeur en raison de sa biodiversité, de sa richesse naturelle et de son intégrité. Les parents Guimont et Lafrance étant aujourd’hui décédés, leurs héritiers ont estimé important d’en assurer la pérennité. Dans cet esprit, ils ont arrêté leur choix sur l’organisme Conservation de la nature, dont la mission et l’objectif sont la protection de sites remarquables par leur biodiversité et leur richesse intrinsèque, de même que leur préservation pour les générations actuelles et futures[3].

Conservation de la nature

Depuis 1962, Conservation de la nature se consacre à protéger l’héritage naturel canadien, principalement par l’action privée. L’organisme identifie des aires naturelles nécessitant une action de conservation prioritaire et, à l’aide de partenaires principalement privés, les acquiert, parfois, par legs testamentaires. Elle en assure la gestion à long terme, en partenariat avec des organismes privés et les instances administratives locales.Présente, partout au Canada, CNC a commencé son action au Québec en 1978 dans le cadre du projet Un fleuve, un parc, axé sur la protection des berges et des îles du fleuve Saint-Laurent. Les abords de notre grand fleuve étant le principal lieu de peuplement du Québec, le fleuve lui-même est reconnu comme le plus vaste estuaire d’eau douce au monde. À ce titre, il abrite de nombreux écosystèmes d’un intérêt unique. De l’île Perrot aux Îles-de-la-Madeleine, CNC protège maintenant 386 kilomètres carrés sur le territoire québécois, incluant des îles du lac Saint-Pierre, la réserve naturelle Jean-Paul-Riopelle, de l’ÎIe aux Grues et la Pointe de Saint-Vallier, sur la rive sud.

Nous avons appris de M. Patrice Laliberté que les partenaires de CNC qui ont permis l’acquisition de la pointe, selon un modus operandi caractéristique, sont: La Fondation de la Faune du Québec, le gouvernement du Canada, le US Fish and Wildlife Service, un donateur anonyme ainsi que Mme Marie José Guimont et M. Claude Lafrance

Les sites protégés par CNC peuvent être fréquentés par le public, comme c’est le cas de la Réserve Jean-Paul-Riopelle et de la Pointe de Saint-Vallier. Cela implique cependant un partenariat avec les instances municipales locales ou certains organismes privés de conservation afin d’assurer une gestion des lieux qui permette d’en assurer l’intégrité et d’en protéger la valeur intrinsèque. À cet égard, les MRC peuvent adopter des plans de conservation de parties de leur territoire et une municipalité peut se doter d’un plan de gestion des aires protégées avec la collaboration de CNC. D’ailleurs, M. Laliberté souligne que l’éducation et la sensibilisation du public font partie intégrante de la mission de CNC.

En ce moment, l’accès au site de la Pointe d’Argentenay se situe sur une propriété privée appartenant aux Scouts de Québec. Il faut voir dans cet accès restreint une protection des richesses du site jusqu’à ce qu’un projet local en permette la fréquentation par le public tout en assurant la gestion respectueuse du milieu naturel. Le potentiel d’un tel lieu sur le développement d’un véritable écotourisme a de quoi faire rêver les amants de la nature et, peut-être, les instances locales.

[1] M. Laliberté nous signale que c’est le cas de l’éricaudon de Parker, de la zizanie naine, du bidant d’Eaton, de la lindernie estuarienne et du lycope du Saint-Laurent.
[2] L’Arche, automne 2014, «Des vagues sur la Pointe d’Argentenay», p. 7. D’autres espèces sylvicoles menacées sont la cardamine géante, la cardamine carcajou et le noyer cendré.
[3] Source: CNC, feuillet d’information, www.conservationdelanature.ca.

(Photo: Pierre Lahoud)

 

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One Comment

  • La Pointe de lArgentenay doit demeurer ce quel est depuis mon enfance sans aucun compomis

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