En réalité, il n’y a qu’un seul grand mythe, mais qui est incroyablement tenace : on aurait demandé au gouvernement de « mettre du chevreuil » et « mettre des ours et des loups pour contrôler leur population », ce qu’il aurait fait en « mettant 200 chevreuils, des ours et des loups », croit encore presque la moitié de la population. Rien n’est plus faux. Voici la vérité :
En août 1988, André Simard, pharmacien, à la demande de Laurent Beaudoin, de Bombardier, transporta du zoo de Saint-Félicien, deux cerfs, un mâle et une femelle, qui furent relâchés à l’île Madame. Ils traversèrent à Saint-François après deux essais. Étant domestiqués, ils s’approchèrent des maisons et furent nourris durant l’hiver. Au printemps 1989, ils se joignirent aux quelques cerfs qui provenaient chaque printemps de la rive nord. Comme le braconnage avait été pratiquement éradiqué, la population du cheptel grandit de façon exponentielle durant au moins 10 ans. Selon un relevé aérien de l’époque, il y avait entre 300 et 600 cervidés, le dernier chiffre étant plus près de la réalité.
Cela était devenu insupportable pour l’agriculture et causait grand danger sur les routes.
C’est alors que quelque quatre propriétaires de boisés saisirent la « bonne affaire » : louer, pour raison de chasse, des parcelles de forêt à des amis ou voisins à raison, souvent, de 100 $ par jour.
Étant donné la situation, ils ne furent pas dénoncés. La population du cheptel avait fondu de 80 %, quatre années plus tard. Elle se situe maintenant à environ 100 têtes, ce qui est acceptable selon des biologistes. La chasse légale ne solutionnait pas tout. Je déteste encore cet état de fait, mais, qu’aurait-on pu faire d’autre ?
L’Association des amis de la faune cessa ses activités, il y a neuf ans. Je n’en étais plus alors le directeur. Elle demeure enregistrée et a en caisse moins de 1 000 $. Pourrait-elle revivre ? Peut-être, avec un bloc de 30 membres ayant de bonnes connaissances et pouvant les communiquer.
Un dernier mot pour exprimer la mentalité courante antérieure à nos réalisations. En sortant de la messe, un dimanche d’été, à 1’église de Saint-François, M. G. aperçoit un chevreuil. Essayez ici, chers lecteurs, par un vaillant effort mental, de saisir la subtilité de son propos prononcé dans le salon de barbier de Roland Breton, en 1978 : « Câl… j’avais pas ma carabine ! »
Résultat de la chasse 2020
Durant les trois derniers automnes 2018, 2019 et 2020, la récolte des cerfs a été de 26, 25 et 37. De ce dernier chiffre, on dénombre 20 mâles, 12 femelles et cinq veaux. En parallèle, seulement deux orignaux ont été abattus, contre 12 l’année auparavant.
Selon moi, tuer des veaux, c’est pour le moins irréfléchi.
Rémi Bolduc

