Chronique littéraire

Nous méritons mieux : repenser les médias au Québec

Publié aux Éditions Boréal, cet essai est signé Marie-France Bazzo, animatrice et productrice bien connue du public québécois. Dans son livre, Marie-France Bazzo a choisi de parler en toute liberté et sincérité de son métier et d’un monde qu’elle connaît bien, celui des médias. Évoquant son mentor Pierre Bourgault, elle souhaite que des voix plus libres et plus mordantes trouvent place dans l’univers médiatique, car, selon elle, « la game a changé et elle est pas mal moins ludique. Une liberté de dire s’est perdue : celle de réfléchir, de critiquer, de parler vrai, n’en déplaise à certains commentateurs qui confondent le parler-fort et le parler-vrai. » 

Mme Bazzo déplore également le fait que le niveau baisse dans les médias : « La soupe s’affadit d’année en année. » Elle ajoute : « Peut-on, comme consommateurs, nous faire vraiment plaisir et cesser de nous prendre pour des sous-doués qu’on gave ? Faire remonter le niveau en s’adressant à la tête et au cœur des téléspectateurs, ce serait si difficile ? Que craint-on ? Une population plus critique, mieux renseignée, capable de parole et de choix ? »

Marie-France Bazzo s’inquiète en outre du phénomène de la censure puisque les médias suivent des lignes idéologiques : « Les journaux et médias électroniques sont clairement reliés aujourd’hui à des clans idéologiques. (…) Les réseaux sociaux, qu’on aurait pu croire moins soumis à l’esprit clanique, sont petit à petit devenus un ramassis de militants plus ou moins « crinqués », en mission (…). Le spectre de l’opinion se réduit et les tweets reproduisent à l’infini les mêmes « lignes de parti » qui ne disent pas leur nom. (…) La ligne est intégrée. On se censure parce que c’est plus facile, plus confortable. Parce qu’on s’est convaincu que c’est la meilleure vision des choses possible. On assiste à un réel recul du libre penseur.

Aujourd’hui, sortir des sentiers battus devient héroïque. (…) Aussi parce que la pensée originale devient difficile, tant le conformisme ambiant est puissant, des médias traditionnels aux réseaux sociaux. » Selon l’auteure, le plus grand problème des médias réside dans le fait qu’ils se ressemblent de manière confondante lorsqu’il s’agit de l’orientation de la pensée. Il y aurait une radicalisation de l’opinion. De plus, le Québec ne saurait pas débattre : pas dans les médias et de moins en moins à l’université, ce qui pousse Mme Bazzo à s’interroger sur le débat, « comme s’il était préjudiciable de débattre, risqué de déranger, d’ennuyer ou de perdre des auditeurs ou téléspectateurs. » Mme Bazzo conclut en affirmant que nous assistons à un désintérêt certain d’un grand nombre de personnes envers les médias, qu’il s’agisse de désabonnement à la presse écrite, de désertion de la télé classique, quand ce n’est pas la coupure du câble. Cette journaliste émérite, récipiendaire de nombreux prix, offre, avec Nous méritons mieux, un essai qu’il est essentiel de lire pour comprendre plusieurs enjeux de la société actuelle. Ce plaidoyer énergique qui appelle à la discordance et la créativité arrive à point nommé dans le contexte actuel. J’en recommande vivement la lecture ! 

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